Votre anglais fonctionne. Vous travaillez en anglais, vous voyagez, vous comprenez tout. Et pourtant, en réunion, vous n’êtes pas tout à fait la même personne qu’en français : moins drôle, moins nuancé, plus prudent. Ce qui vous manque n’est plus de la langue, c’est du registre — et cela ne se corrige qu’en ligne, seul avec un professeur privé qui parle à vitesse normale et vous reprend phrase par phrase.
C’est une chose que peu de gens osent formuler, et que nous entendons pourtant souvent : « en anglais, je passe pour quelqu’un de moins intelligent ».
Ce n’est évidemment pas vrai, mais la perception existe et elle a des conséquences réelles. Un professionnel avancé exprime en anglais une version simplifiée de sa pensée. Il abandonne l’argument subtil au profit de l’argument solide, renonce à la remarque drôle parce qu’elle exigerait un timing qu’il n’a pas, choisit le mot sûr plutôt que le mot juste. Résultat : compétent, mais fade.
Le sentiment n’est pas isolé. Selon une enquête de Statistique Canada, 24 % des adultes de langue française au Canada ont vécu de l’insécurité linguistique au cours des cinq années précédant l’enquête. Et l’accent québécois est associé à moins d’intelligence et à moins de compétence par une partie des Canadiens anglais : des francophones d’ici se privent d’occasions professionnelles par gêne ou par peur de parler en public avec un accent. Le problème n’est donc pas imaginaire; il est mal nommé.
Dans une organisation où l’influence se joue en réunion, cela coûte cher. Le travail du niveau avancé n’est donc plus de « mieux parler » : c’est de redevenir soi-même en anglais.
Au recensement de 2021, le taux de bilinguisme français-anglais du Québec atteignait 46,4 %, un sommet jamais enregistré; il était de 40,8 % en 2001. Chez les personnes de langue maternelle française, il est monté de 36,6 % à 42,2 % pendant la même période. Sur l’île de Montréal, 31,3 % des travailleurs utilisaient l’anglais le plus souvent au travail en 2021 et 17,0 % l’utilisaient exclusivement.
Autrement dit, la ligne « bilingue » sur votre curriculum ne dit plus rien de particulier. Ce qui départage, ce sont les échelons : dans les offres d’emploi d’avocats au Québec, la mention de l’anglais passe de 48,5 % pour les postes juniors (0-2 ans) à 61,9 % pour les postes de 6 à 9 ans d’expérience. Plus la responsabilité monte, plus l’anglais oral est attendu. Vingt-cinq pour cent des entreprises déclarent aussi retenir toujours un candidat bilingue pour un poste, même quand l’emploi n’exige pas de compétences linguistiques particulières.
Une précision, puisque la confusion est fréquente : l’article 35 de la Charte de la langue française exige une connaissance appropriée du français pour obtenir un permis professionnel, et les 46 ordres professionnels du Québec, qui encadrent 55 professions et plus de 415 000 membres, sont tenus de la vérifier. La loi n’exige jamais l’anglais. L’anglais avancé est une exigence du marché, pas du législateur.
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Un locuteur avancé connaît plusieurs façons de dire la même chose. Ce qu’il ne sait pas toujours, c’est laquelle est trop sèche, laquelle est trop familière, et laquelle passe pour de l’agressivité alors qu’elle se voulait directe.
You should reconsider, you might want to reconsider et I’d push back on that disent la même chose et ne produisent pas du tout le même effet. Un francophone qui transpose la franchise québécoise en anglais nord-américain d’affaires paraît régulièrement plus brusque qu’il ne le croit — et l’inverse existe aussi : trop de précautions font passer une objection ferme pour une hésitation.
Ce calibrage ne s’apprend pas dans une liste. Il s’apprend en disant une phrase et en s’entendant répondre : « ça, ton vice-président l’entendra comme un reproche ». C’est un travail de rétroaction, séance après séance, sur vos propres situations. Nous ne donnons ni cours d’écriture, ni leçons de grammaire, ni préparation d’examen : l’heure entière passe à parler et à être corrigé, la seule partie du travail qui ne peut pas se faire seul.
L’humour est la dernière chose qui vient dans une langue étrangère, parce qu’il exige trois choses simultanément : la vitesse, la référence culturelle et la maîtrise du non-dit.
Nous travaillons surtout la troisième. L’anglais nord-américain d’affaires fonctionne beaucoup par atténuation : that’s interesting peut signifier un désaccord poli, I’ll think about it un refus, we should circle back on this un enterrement. Un francophone qui prend ces phrases au sens littéral se trompe régulièrement sur l’issue d’une réunion.
Côté expressions, nous privilégions les verbes à particule, qui posent la vraie difficulté : put off, bring up, get around to, run by, follow up on. Ils sont omniprésents à l’oral, imprévisibles, et c’est leur absence qui rend un anglais correct mais livresque.
Le même travail de registre et d’ironie existe dans l’autre langue que nous enseignons : voyez Espagnol avancé si c’est l’espagnol qui vous place dans cette position.
Beaucoup d’étudiants avancés nous disent la même chose : ils ont quelque chose à dire, ils attendent une ouverture, et elle n’arrive jamais. La réunion se termine sans qu’ils aient parlé.
Le problème n’est pas linguistique, il est tactique. Les anglophones n’attendent pas de silence : ils s’insèrent. Il existe pour cela des formules courtes et socialement acceptées — can I jump in here?, just to build on that…, sorry, quick point — qui permettent d’entrer sans paraître impoli.
Nous les faisons pratiquer en situation, y compris dans l’inconfort : le professeur parle sans marquer de pause et votre tâche est d’interrompre. Cela paraît artificiel pendant deux séances. Après, cela devient un réflexe utilisable en réunion réelle.
L’exercice a gagné en importance avec la visioconférence : dans les services professionnels, scientifiques et techniques, 56 % des employés font encore du télétravail, et le délai de transmission rend la moindre hésitation visible.
Apportez vos situations réelles : une réunion difficile, une présentation à venir, un échange qui a mal tourné. C’est le matériau le plus efficace à ce niveau, et aussi la matière de nos cours d’Anglais des affaires.
Soyons clairs sur l’objectif. Chercher à éliminer un accent francophone chez un adulte est une perte de temps, et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable : l’accent n’est pas un défaut.
Ce qui compte est l’intelligibilité. Or, chez les francophones, un très petit nombre de traits produit la quasi-totalité des incompréhensions : le th, la distinction entre voyelles courtes et longues (ship / sheep), le h aspiré, et surtout l’accent tonique — placer l’emphase sur la mauvaise syllabe rend un mot méconnaissable même lorsque tous les sons sont corrects.
Traiter ces quelques points suffit à faire disparaître les « pardon? » répétés. Le reste de l’accent peut rester, et restera. Un professeur les prononce avec vous, en isolant la syllabe, puis les replace dans une phrase dite à débit normal : plus de 8 000 étudiants ont reçu cette correction ici, et nous savons dans quel ordre les traiter.
Le registre, la nuance, l’humour et la prise de parole. À ce niveau, vous exprimez en anglais une version simplifiée de votre pensée : vous renoncez à l’argument subtil et à la remarque drôle. L’objectif devient de redevenir vous-même en anglais.
Parce que la franchise québécoise transposée telle quelle dans l’anglais nord-américain d’affaires passe souvent pour de l’agressivité. « You should reconsider » et « you might want to reconsider » ne produisent pas le même effet. Ce calibrage se travaille par rétroaction sur vos propres situations.
Le problème est tactique, pas linguistique : les anglophones n’attendent pas de silence, ils s’insèrent. Nous faisons pratiquer les formules d’insertion acceptées, y compris en vous demandant d’interrompre un professeur qui ne fait aucune pause.
Non, et ce n’est pas l’objectif. Nous visons l’intelligibilité : le « th », les voyelles courtes et longues, le « h » aspiré et l’accent tonique suffisent à faire disparaître les « pardon? » répétés. Le reste de l’accent peut rester.
Le plus souvent à cause de l’absence de verbes à particule — « put off », « bring up », « run by », « follow up on » — omniprésents à l’oral et imprévisibles. C’est l’un des axes de travail du niveau avancé.
Nommez la situation : la réunion où vous n’arrivez pas à vous insérer, le client qui vous trouve sec, la blague que vous n’osez pas faire. C’est de là que part le plan de cours, dans une école qui enseigne la conversation et rien d’autre depuis 2000.
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