Pourquoi le mot ne vient pas
Un mot connu peut être temporairement inaccessible. Le phénomène existe aussi en français — c’est le mot « sur le bout de la langue » — et il s’aggrave dans une langue étrangère pour trois raisons.
La voie d’accès est plus faible. Un mot lu cent fois et jamais prononcé possède un chemin de récupération peu emprunté. Il est là, mais il ne sort pas vite. Seule la production répétée renforce ce chemin — pas la relecture.
Le stress rétrécit la fenêtre. Sous tension, la mémoire de travail se réduit. C’est pourquoi vous retrouvez le mot dix minutes après l’appel, dans votre voiture : la pression est tombée.
Le français interfère. Le mot français, lui, arrive instantanément et occupe la place. Plus vous cherchez, plus il s’impose, et plus l’équivalent anglais devient difficile à atteindre.
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▶ Je veux commencerLa vraie erreur : s’arrêter
Le trou de mémoire ne fait de tort à personne. Ce qui fait du tort, c’est la réaction.
La réaction spontanée d’un francophone est de suspendre la phrase et de chercher le mot exact. Le silence s’installe, l’interlocuteur ne sait pas quoi faire, la gêne monte, et la conversation casse. Vous en sortez avec la conviction d’être mauvais — alors qu’il vous manquait un seul mot.
Observez maintenant un enfant de cinq ans à qui il manque un mot : il ne s’arrête jamais. Il dit « la chose qui sert à ouvrir la porte » et poursuit. Personne ne le juge, et la communication fonctionne parfaitement.
C’est exactement ce que fait un bon locuteur étranger. Il n’a pas plus de vocabulaire que vous : il a l’habitude de ne pas s’arrêter.
La technique de contournement
Nous l’enseignons explicitement, comme une compétence à part entière, parce qu’elle sépare ceux qui tiennent une conversation de ceux qui la rompent. Elle comporte quatre mouvements.
Décrire la fonction. The thing you use to…, the person who…, the place where… Neuf fois sur dix, votre interlocuteur fournit le mot lui-même — et vous venez de l’apprendre dans le meilleur contexte possible.
Passer par un mot voisin. Un synonyme approximatif, un terme plus général, un exemple. A kind of small truck vaut mieux qu’un silence de cinq secondes, et sera parfaitement compris.
Changer la construction. Si le nom manque, utilisez un verbe : plutôt que de chercher « échéancier », dites when do we need to finish?. La phrase change, l’information passe.
Occuper le silence à voix haute. How can I put this…, what’s the word…, let me think for a second. Ces formules font deux choses : elles signalent que vous n’avez pas terminé, et elles vous donnent le temps que le silence, lui, ne vous donne pas.
Comment on l’installe
Une technique connue n’est pas une technique acquise. Sous pression, on revient au réflexe ancien.
Nous l’entraînons donc sous contrainte : le professeur vous interdit un mot que vous alliez employer et vous devez poursuivre sans lui. C’est déstabilisant les premières fois, et c’est le seul moyen d’installer l’automatisme.
Nous ajoutons un travail sur la vitesse — des échanges rapides où l’on vous coupe si vous marquez un arrêt — parce que le contournement ne sert à rien s’il prend plus de temps que la recherche du mot.
L’effet secondaire est intéressant : le vocabulaire actif s’élargit, puisque vous êtes constamment forcé de puiser ailleurs que dans vos quelques mots habituels.
Dites-nous dans quelles situations vous bloquez. Ce sont celles que nous rejouerons en séance.
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FAQ | Le mot qui ne vient pas
Pourquoi le mot revient-il dix minutes après l’appel?
Parce que la pression est tombée. Sous stress, la mémoire de travail se rétrécit et l’accès au mot se bloque, même s’il est parfaitement connu.
Est-ce un problème de vocabulaire?
Non, c’est un problème d’accès. Un mot lu cent fois et jamais prononcé possède un chemin de récupération peu emprunté : il est là, mais il ne sort pas vite. Seule la production répétée renforce ce chemin.
Que faut-il faire quand le mot manque?
Ne pas s’arrêter. Décrire la fonction, passer par un mot voisin, changer la construction, ou occuper le silence à voix haute. Neuf fois sur dix, l’interlocuteur fournit le mot lui-même.
Un bon locuteur étranger a-t-il plus de vocabulaire que moi?
Pas nécessairement. Il a surtout l’habitude de ne pas s’arrêter — exactement comme un enfant de cinq ans qui dit « la chose qui sert à ouvrir la porte » et poursuit.
Comment cette technique s’acquiert-elle?
Sous contrainte : le professeur vous interdit le mot que vous alliez employer et vous devez poursuivre. C’est déstabilisant les premières fois, et c’est le seul moyen d’installer l’automatisme.