Le malentendu culturel sur le tour de parole
Beaucoup de francophones appliquent en réunion anglophone une règle apprise ailleurs : on lève la main, on attend qu’on nous donne la parole, on ne coupe pas.
Dans une réunion nord-américaine ordinaire, cette règle n’existe pas. Les participants s’insèrent en fin de phrase, se chevauchent brièvement, reprennent. Ce n’est pas perçu comme de l’impolitesse — c’est le fonctionnement normal. Celui qui attend poliment est simplement lu comme quelqu’un qui n’a rien à dire.
Il existe pour cela des formules courtes et socialement acceptées, qui signalent que vous entrez sans couper brutalement : can I jump in here?, just to build on that…, sorry, quick point, if I could add one thing. Elles fonctionnent parce qu’elles sont reconnues : personne ne les entend comme une interruption.
Nous les faisons pratiquer dans l’inconfort : le professeur parle sans marquer de pause et votre tâche est d’entrer. C’est artificiel pendant deux séances, puis cela devient un réflexe utilisable en réunion réelle.
Forfait de 25 cours privés d’une heure : 799 $ CA au lieu de 1 199 $. Aucun paiement demandé au début des cours.
▶ Je veux commencerSuivre quand ils sont six
C’est la difficulté que personne ne mentionne, et elle est distincte de la prise de parole.
En tête-à-tête, votre interlocuteur ajuste inconsciemment son débit et son vocabulaire. À six, personne n’ajuste rien : les gens se coupent, se répondent à moitié, changent de sujet sans transition, font des blagues internes et emploient des abréviations propres à l’entreprise.
Trois choses aident concrètement. Accepter de perdre des morceaux : personne ne suit 100 % d’une réunion, pas même les anglophones, et chercher à tout comprendre vous fait décrocher du fil principal. Repérer les signaux de structure — let’s move on, to be clear, the bottom line is — qui indiquent où l’on en est. Et savoir rattraper : sorry, can we back up for a second? est une phrase parfaitement normale que même les anglophones utilisent.
Nous entraînons cela avec du débit non réduit et sans reformulation de complaisance, parce que c’est la seule façon d’y habituer l’oreille.
Exprimer un désaccord sans friction
C’est là que les Québécois se font le plus régulièrement mal comprendre.
Transposée telle quelle, la franchise québécoise sonne dure en anglais de bureau. I don’t agree ou that’s not right passent pour une attaque là où le locuteur voulait simplement exprimer une position. À l’inverse, l’excès de précautions — maybe, I’m not sure but, it’s just an idea — fait passer une objection ferme pour une hésitation, et personne n’en tient compte.
Le registre utile se situe entre les deux : I’d push back on that a little, I see it differently, I’d have some concerns about that approach, help me understand how that would work. Ferme, net, et sans agression.
Ce calibrage ne s’apprend pas dans une liste : il s’acquiert en disant une phrase et en s’entendant répondre comment elle sera reçue. C’est un travail de rétroaction sur vos propres situations.
Décrivez vos réunions réelles : leur fréquence, le nombre de participants et l’origine de vos interlocuteurs. Elles deviennent le matériau des séances.
▶ Obtenir de l’information sans engagementLa réunion en visioconférence
Elle ajoute ses propres obstacles, et c’est aujourd’hui le format dominant.
Le décalage de transmission provoque des chevauchements involontaires : vous commencez à parler au moment où quelqu’un d’autre reprend, et vous vous arrêtez tous les deux. Les francophones, déjà hésitants, cèdent presque toujours — et ne reprennent pas la parole.
La solution est mécanique : nommer son entrée (Marc, go ahead — I’ll come back after), puis revenir effectivement. Et utiliser le clavardage comme filet : y déposer un point avant de le dire à voix haute garantit qu’il ne se perde pas.
Nos séances se déroulant en ligne, vous vous entraînez dans exactement ces conditions : son compressé, léger décalage, visage en petit format. Une partie des séances se fait même caméra fermée.
Pour aller plus loin
Bilingue sur papier · Faire une présentation · Anglais avancé · Anglais des affaires · Figer au téléphone · Équipe à l’étranger · Gestionnaires
↑ Voir toutes les pages de la section « Situations professionnelles » · Plan du site
FAQ | Réunion en anglais
Pourquoi n’ai-je jamais l’occasion de parler?
Parce que les anglophones n’attendent pas de silence : ils s’insèrent en fin de phrase. Attendre poliment qu’on vous donne la parole est lu comme n’ayant rien à dire.
Interrompre n’est-il pas impoli?
Pas avec les formules reconnues — « can I jump in here? », « just to build on that… ». Elles signalent une entrée, pas une coupure, et personne ne les entend comme une interruption.
Je perds le fil dès qu’ils sont plusieurs.
Personne ne suit 100 % d’une réunion, pas même les anglophones. Il faut accepter de perdre des morceaux, repérer les signaux de structure, et savoir rattraper avec « sorry, can we back up for a second? ».
On me trouve brusque quand je ne suis pas d’accord.
« I don’t agree » transposé du français passe pour une attaque. Le registre utile est intermédiaire : « I’d push back on that a little », « I see it differently ».
En visioconférence, je me fais toujours couper.
Le décalage provoque des chevauchements, et les francophones cèdent presque toujours. La solution est de nommer son entrée — « Marc, go ahead — I’ll come back after » — puis de revenir effectivement.