Comprendre chaque mot et ne rien répondre : c’est le seul problème que traitent nos séances d’anglais, puis d’espagnol, chez les Rosemérites. Tout se passe en ligne, avec un professeur privé ; l’anglais est ici la demande numéro un, l’espagnol la suivante, et quelques autres langues s’ajoutent au besoin. Rosemère porte d’ailleurs un nom anglais depuis 1880 : J. P. Withers, du Canadien Pacifique, a assemblé « Rose », pour les roses sauvages, et « mere », vieux mot anglais désignant un lac. Dans cette municipalité des Laurentides, l’une des rares du Québec à reconnaître officiellement le français et l’anglais, la part anglophone est passée d’environ 65 % dans les années 1960 à environ 12 % aujourd’hui. Beaucoup d’habitants lisent l’anglais sans effort et se taisent dès qu’il faut répondre : nos séances ne traitent que de ce silence-là.
Le scénario revient toujours dans le même ordre. On a suivi des années de cours d’anglais, on lit un contrat sans buter, on suit une série sans sous-titres. Puis quelqu’un pose une question simple, à voix haute, et la phrase ne vient pas : une phrase ordinaire, dont tous les mots sont connus. On répond par un mot, un geste, un sourire, et on s’en veut toute la journée.
Ce n’est pas un manque de vocabulaire, et ce n’est pas un défaut de mémoire. C’est une question de temps d’usage. Un cours scolaire passe l’essentiel de ses heures sur le papier : exercices, lectures, règles à appliquer. On en sort avec une réserve de mots qu’on n’a presque jamais eu à produire à voix haute, sous pression, quand quelqu’un attend une réponse immédiate. Lire laisse revenir en arrière ; parler n’accorde rien du tout. La réserve est là, mais elle n’a jamais été mobilisée dans ces conditions, et c’est exactement cette mobilisation que nous entraînons.
Décrire ce qui se passe quand je dois répondreRosemère a une histoire linguistique peu commune dans la MRC de Thérèse-De Blainville. En 2021, la langue maternelle était le français pour environ 71 % de la population et l’anglais pour environ 12 %. En 2001, les anglophones y formaient 15,8 % des habitants, contre 4 % dans la région. La ville compte des écoles francophones et des écoles anglophones gérées par des commissions scolaires régionales distinctes, dont Rosemere High School.
À cela s’ajoute Place Rosemère, le principal pôle d’emploi de la ville, près de l’intersection de l’autoroute 640 et du boulevard Curé-Labelle, qui porte la désignation route 117. Le centre a ouvert le 13 août 1975 avec seulement 70 magasins et couvre aujourd’hui environ 890 715 pieds carrés, avec plus de 200 détaillants et plus de 8 millions de visiteurs par année : Walmart, La Baie et Best Buy comme locomotives, et des enseignes comme H&M, Zara, Sports Expert ou Pharmaprix.
Autrement dit : l’anglais circule autour de vous tous les jours, au comptoir comme au téléphone. C’est ce qui rend le blocage pesant. Les mots sont partout, et la phrase ne sort toujours pas.
Dans une ville où l’anglais est présent depuis le chemin de fer, c’est lui que l’on vient débloquer en premier : au comptoir de Place Rosemère, au téléphone, dans une réunion de travail, avec un voisin dont c’est la langue maternelle. L’anglais occupe la grande majorité de nos séances, et pour la plupart des adultes d’ici, le déclic tient à la régularité de la parole, pas à un manuel de plus.
L’espagnol, lui, part souvent de rien, et c’est un avantage : aucune mauvaise habitude scolaire à défaire, aucune honte accumulée. Le travail reste pourtant le même — écouter, répondre, se faire corriger à voix haute — ce qui surprend toujours ceux qui ont mis des années à oser une phrase en anglais. Certains mènent les deux langues en parallèle, chacune avec sa séance et son professeur. D’autres langues sont possibles, mais l’anglais et l’espagnol remplissent presque tout le calendrier.
Dire quelle langue je veux travaillerAvec 25 ans de pratique et plus de 8 000 étudiants formés depuis 2000, l’école n’a jamais élargi son champ : ni écriture, ni lecture, ni grammaire, ni préparation d’examen, pas plus en espagnol qu’en anglais. La séance commence par une conversation et se termine par une conversation ; la correction se fait à voix haute, sur la phrase que vous venez de dire. C’est ce qui nous sépare des écoles qui offrent tout, et nous l’assumons.
Reste la question pratique du déplacement, qui pèse lourd ici. La gare de Rosemère, à l’angle du chemin de la Grande-Côte et de la rue Couture, a été construite en 1998 et se situe sur la ligne Saint-Jérôme d’Exo, entre Sainte-Rose et Sainte-Thérèse. Le train atteint la gare Lucien-L’Allier, au centre-ville de Montréal, en environ 55 minutes : un aller-retour représente environ 1 h 50 par jour. La ligne compte 14 départs par direction en semaine, aux 25 à 45 minutes en pointe et aux 1 à 2 heures hors pointe.
La route ne vaut pas mieux : la ville est accessible par les autoroutes 13, 15 et 640, et l’autoroute 640, longue de 53,2 km, connaît des chantiers et des fermetures de nuit récurrentes, parfois partagées avec Boisbriand et Blainville. Un cours qui exige un trajet de plus est un cours qu’on finit par annuler. En ligne, vous commencez là où vous êtes déjà.
Demander comment se déroule une séanceLe rôle du professeur, dans ce travail, est contre-intuitif. Il ne termine pas vos phrases et ne traduit pas à votre place. Il reste avec vous pendant l’hésitation, reformule la question autrement, puis attend de nouveau. Une application, elle, ne laisse jamais un silence s’installer : elle propose la bonne réponse dans une liste, et vous avez l’impression d’avancer sans avoir rien produit.
Rosemère connaît bien la logique de la répétition corrigée : Alexandre Bilodeau, résident de la ville, a été le premier athlète canadien à remporter une médaille d’or olympique en sol canadien, aux Jeux de Vancouver en 2010, et Sylvie Bernier comme Gaëtan Boucher sont aussi associés à la ville. Personne ne corrige un geste en le lisant. On le refait, quelqu’un regarde, on le refait encore. Une phrase en anglais ou en espagnol se travaille pareil.
Parler à l’école de mon niveau actuelRien d’anormal. Un cours scolaire consacre l’essentiel de son temps à l’écrit : exercices, lectures, règles. On en sort avec une réserve de mots qu’on n’a presque jamais eu à sortir à voix haute, sous pression, quand quelqu’un attend une réponse. Ce qui manque n’est pas la connaissance, c’est l’usage.
C’est le même, à un détail près : la télévision ne vous interroge pas. Comprendre est une activité où l’on reçoit ; parler est une activité où l’on produit, en temps réel, avec le risque de se tromper. Les séances servent à produire, pas à recevoir.
Le cours est individuel : personne du voisinage ne vous entend hésiter. C’est souvent la raison principale pour laquelle les gens d’ici choisissent un professeur privé plutôt qu’un groupe, dans une ville où le réseau scolaire anglophone est installé depuis longtemps et où l’on craint de mal paraître. Et si vous attaquez l’espagnol en partant de rien, pendant que votre anglais écrit est déjà solide, l’argument vaut doublement.
Non, et nous ne la revoyons pas du tout. Aucune grammaire, aucune lecture, aucune écriture, aucune préparation d’examen. Vous parlez dès le début, et la correction porte sur ce que vous venez de dire, pas sur une règle à mémoriser pour plus tard.
Dites-nous à quelles heures vous êtes disponible et nous verrons avec le professeur ce qui se place. L’aller-retour quotidien jusqu’à la gare Lucien-L’Allier représente environ 1 h 50 ; l’intérêt du cours en ligne, c’est précisément qu’il ne s’ajoute pas à ce trajet.
Ce qui débloque la parole, ce n’est pas une révision : c’est d’avoir déjà parlé, plusieurs fois, avec quelqu’un qui corrige au fur et à mesure. Dites-nous si c’est l’anglais ou l’espagnol qui vous attend, dans quel contexte, et à quel moment ça se referme — un professeur privé reprendra à partir de là, en ligne, depuis Rosemère.
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